Le Monde festival : « La mobilisation citoyenne face à l’inaction de l’Etat »

Comment changer les choses quand ceux qui sont au-dessus de nous ne font pas grand-chose ? Les intervenants du Monde festival t'expliquent comment agir pour un monde meilleur, et pourquoi c'est possible !

Les 17 et 18 Septembre avait lieu le festival du Monde, autour du thème « Agir ». Diverses conférences étaient présentées, sur des thèmes englobant la société, l’économie, la philosophie, l’art, l'environnement... Ce dernier a bien sûr attiré notre attention, avec un débat intitulé « La mobilisation citoyenne face à l’inaction de l’Etat ». Ça pourrait presque être le slogan de Générations Cobayes !

Pour débattre, 3 intervenants : Dominique Bourg, philosophe, Pascal Canfin, directeur de WWF France,  et Cyril Dion, du mouvement Colibri et réalisateur du film Demain. La conférence était animée par Sophie Landrin, du service Planète du Monde.

 

La conférence avait lieu dans le Grand Foyer du Palais Garnier. Mazette !

 

La conférence est visible entièrement en replay ici, mais voici un résumé de ce qui s’est dit.

 

"Rien n'est jamais acquis (coucou Brassens), il faut continuer à agir."

Une grande question traverse la discussion : pourquoi en France l’environnement n’est pas un élément structurant ? Les questions environnementales sont par la majorité des gens importantes, mais au final pas prioritaires. L’écologie n’est visiblement pas la question centrale des élections prochaines.

Il semblerait que nous n'arrivons pas à prendre conscience des difficultés actuelles. Les problématiques environnementales sont trop abstraites pour beaucoup de personnes, d’où l’importance de la médiation scientifique, pour agir par anticipation. Car c’est un sujet qui concerne tout le monde et maintenant, pas seulement les générations futures. Mais il est difficile d’en prendre conscience tant qu’une catastrophe n’arrive pas sous nos yeux. Cela étant, il y a lentement mais sûrement une prise de conscience collective, par exemple avec le diesel (dont la consommation a considérablement chuté ces dernières années).

Il faut également réaliser que l’environnement n’est pas un tout unique, beaucoup de domaines sont touchés, il y a plusieurs ficelles à tirer et connecter. Il y a par exemple un lien entre les crises politiques et les crises environnementales : il y a un impact aujourd’hui des crises environnementales sur les conflits futurs et la sécurité, sur le nombre de populations déplacées dans le monde. Il est important de le réaliser afin de répondre efficacement aux problèmes.

Il faudrait des dirigeant.es conscient.es des ces enjeux, mais ce n’est actuellement pas le cas  et visiblement comme il n’y a pas de manifestation assez forte de la part de la population, les politiques n’y prêtent donc pas vraiment attention. Après tout, quand un candidat à la présidentielle se permet de dire en toute décontraction que le réchauffement climatique n’est pas du fait des humains, on se dit que le chemin est encore long…

 

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Les intervenant.es

Pourquoi est-il difficile de mobiliser les gens ?

L’esprit humain a du mal à gérer les nouvelles graves. Même si on nous dit que l’humanité va peut-être disparaître d’ici un siècle, il y a un système automatique de recul, voire de déni qui se met en place. Donc aussi tentant que cela puisse paraître, le pessimisme et la culpabilisation ne marchent pas vraiment. Il faut donner des propositions, des actions collectives, à l’aide de la force du récit et des histoires. Pour un mouvement, il faut proposer une histoire enthousiasmante et sublimer ce récit pour toucher tout le monde à l’aide de plusieurs ficelles. Une forme de division du travail pour atteindre un maximum de personnes, au final.  On peut citer en exemple Nicolas Hulot qui s'était associé à de jeunes youtubers pour créer une vidéo décalée et humoristique ... Un succès qui a fait ramer les serveurs du site de la fondation, au moment de signer une pétition adressée aux différents chef d’États !

Le problème est surtout qu’il n’y a pas un adversaire unique et identifiable. Ce sont des accumulations d’enjeux. L’adversaire est aussi en nous, la solution l’est donc aussi, on ne peut pas déléguer le problème. La théorie du changement social est difficile à mettre en place.
Il est du coup essentiel pour créer des solutions d’avoir une politique du « et » au lieu du « ou ». Rassembler au lieu de diviser. Ne pas opposer les leviers d’action, créer une dynamique sur tous les fronts, ne pas opposer public et privé ou local et global. On a besoin de tout, de tout le monde et à tous les niveaux. C’est l’idée du collectif : qu’est-ce qui nous fait bouger ensemble? Ça peut être le plaisir, des valeurs, un intérêt, une solution…

Mais viennent aussi les contraintes : c’est ici que la politique a son rôle pour fixer les règles du jeu, catalyser les énergies. Il est hélas très difficile de trouver une personne politique ayant le bon recul et les épaules solides pour porter ce sujet et les actions qui en découlent.

Autre point important : changer les représentations. Notre vision du monde est décalée par rapport à la réalité des crises environnementales. Beaucoup de personnes ont une idée erronée ou cliché des luttes environnementales. Le terme « Développement durable » d’ailleurs est une notion floue et creuse, trop ambivalente désormais pour être réellement porteuse de sens. Cela rajoute donc à la confusion du grand public.

Mais les solutions existent. On peut déjà commencer par transformer le cours de ce que l’on fait, trouver ce qui nous passionne, pouvoir le faire tout en étant utile à la société. Montrer l’exemple aussi, un peu à la manière de la phrase de Gandhi, impulser le changement soi-même.
Les media ont alors un rôle fondamental d’éducation, et les réseaux sociaux sont importants pour créer une synergie, mobiliser une communauté, partager des messages et une aventure collective démocratique. Tout se jouera dans la pluralité et l’entraide.

Texte : Lucie

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