Gilles-Eric Seralini, lanceur d'alerte sur les dangers des OGMs et des pesticides

Tout d'abord, pourquoi cet article ?

 

Gilles-Eric Séralini est parrain et soutien du mouvement Générations Cobayes depuis ses tout débuts en 2009, lorsque celui-ci s'appelait encore l'Appel de la jeunesse. Il a fait le difficile mais indispensable choix d'être un lanceur d'alerte.

 

Qu'est ce qu'un lanceur d'alerte ?

 

C'est un expert, ou un membre d'organisation qui, constatant un fait illégal, illicite ou dangereux, touchant à l'intérêt général fait le choix courageux de sortir du silence pour attirer l'attention de l'opinion publique ou des instances ayant le pouvoir d'y mettre fin. afin de résoudre ce problème.

 

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Pourquoi courageux ?

 

Remettre en cause le système expose les lanceurs d'alerte à des situations difficiles. Edward Snowden, Bradley Manning, ou plus proches de nous André Cicollela (sur le Bisphénol A notamment), Irène Frachon (sur le Médiator), Roger Lenglet (sur les questions sanitaires)... se retrouvent le plus souvent privés d'emploi, voire de liberté, doivent s'exiler, sont diffamés, et doivent faire face à des procès longs et coûteux, sans parler de l'impact de ce choix sur leur vie familiale.

 

Pour cette raison, une loi « Sapin 2 » a doté cette année les lançeurs d'alerte d'un cadre plus protecteur, mais jugé par beaucoup insuffisant pour que cet acte citoyen ne se transforme pas en sacrifice personnel.

 

 

Soutenons notre parrain !

 

Chercheur en biologie moléculaire, Gilles-Eric Séralini a choisi de rechercher les impacts sur la santé de l'utilisation des organismes génétiquement modifiés et des pesticides. Il a de plus fait le choix, très controversé dans la sphère scientifique, de médiatiser les résultats de ses études, afin de lancer l'alerte. Cette médiatisation a fait polémique (voir ci-dessous) et l'a exposé, et avec lui le Comité de Recherche et d'Information Indépendantes sur le Génie Génétique à plusieurs campagnes de diffamation, qui ont donné lieu a plusieurs procès que nous évoquerons dans cet article.

 

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Ces procès et ces campagnes de diffamation ont un coût et des conséquences et mettent aujourd'hui le GRIIGEN dans de graves difficultés. Or, il est indispensable que le travail d'expertises scientifiques indépendantes, de recherches et de diffusions d'informations existe sur ces sujets !

Pour soutenir le GRIIGEN et la recherche scientifique indépendante, vous pouvez les encourager ici.

 

 Plus d'informations sur les lanceurs d'alerte : https://transparency-france.org/lanceurs-dalerte/

 Pour les soutenir c'est ici

 

Gilles-Eric Séralini et Générations cobayes

 

Gilles-Eric Séralini et Adèle lors du Tour de France 2015 

 

A l'occasion du cycle de conférences qui a donné naissance à l'appel de la jeunesse, Martin Rieussec-Fournier, fondateur de l'Appel de la jeunesse et de Générations Cobayes, a contacté Gilles-Eric Séralini pour qu'il puisse leur parler des liens entre OGM et pesticides, et celui-ci a accepté.
Depuis il est parrain du mouvement, et à ce titre il intervient régulièrement devant nos bénévoles pour les former, et les invite à des événements scientifiques poussés, les séminaires du CRIIGEN. Il participe aussi à la rédaction de nos ouvrages de vulgarisation : “Et notre santé alors ?” en 2015 et “Vous avez dit cancer ?” en 2010. Il publie aussi régulièrement sur ces sujets, à l'instar de son dernier ouvrage : “Plaisirs cuisinés ou poisons cachés", (avec Jérôme Douzelet, 2015).
L'équipe de Générations cobayes peut s'appuyer sur Gilles-Eric Séralini pour s'assurer de la pertinence et de la crédibilité des informations que nous vulgarisons dans nos campagnes et nos supports de communication sur ses thèmes de recherche.

 

Pour commencer une petite biographie

 

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Gilles-Éric Séralini, né en 1960 en Algérie, est un biologiste français, cofondateur du CRIIGEN, professeur de biologie moléculaire à l'université de Caen et lanceur d'alerte. Il a reçu en 2015 le prix international du lanceur d’alerte de deux sociétés scientifiques allemandes, et en 2016 le prix Théo Colborn d’un groupement de médecins, scientifiques et thérapeutes américains, en Californie. Il s'est fait notamment connaître du grand public pour ses études sur les OGM et les pesticides, et en particulier en septembre 2012 pour une étude toxicologique portée par le CRIIGEN mettant en doute l'innocuité du maïs génétiquement modifié NK 603 et du Roundup sur la santé de rats.

 

Il soutient sa thèse de doctorat en biochimie et biologie moléculaire à l'université de Montpellier-II en 1987. Il effectue ensuite des recherches fondamentales dans deux laboratoires en Ontario puis au Québec pendant quatre ans. Il devient professeur de biologie moléculaire à l'université de Caen en 1991 et s'attache à l'étude du système hormonal et ses perturbations, par exemple lors de cancers. Il deviendra ensuite chercheur à l'Institut de biologie fondamentale et appliquée (IBFA) de l'université de Caen et co-directeur du pôle Risque Qualité et Environnement Durable de la Maison de la Recherche en Sciences Humaines (pôle associé au CNRS).

En 1997, Gilles-Éric Séralini commence à s'intéresser aux OGM (d’abord en tant qu’enseignant) et signe l'appel lancé par le botaniste Jean-Marie Pelt, qui demande, au nom du principe de précaution, un moratoire sur les cultures transgéniques le temps d'en évaluer les risques. Il est expert depuis 1998 pour le gouvernement français, l'Union Européenne et plus récemment pour le Canada et l'Inde. Il a ainsi été membre, de 1998 à 2007, de la Commission du génie biomoléculaire chargée de donner son avis pour autoriser les OGM, au sein du ministère de l'Agriculture et du ministère de l'Environnement.

 

Il fonde en 1999, avec Corinne Lepage, le Comité de recherche et d'information indépendantes sur le génie génétique (CRIIGEN), que rejoignent quelques chercheurs reconnus, tel Pierre-Henri Gouyon, professeur au Muséum national d'histoire naturelle, Charles Sultan à Montpellier ou Christian Vélot à Orsay. Gilles-Éric Séralini est d'ailleurs le président du conseil scientifique du CRIIGEN jusqu’en 2016.

 

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Il a été membre de la Commission Borloo-Lepage au Grenelle de l’Environnement entre 2007 et 2008 afin de contribuer à une réforme réglementaire visant à réévaluer les biotechnologies au sein de l’Union Européenne.

 

 

Travaux et recherches

 

Gilles-Eric Séralini co-dirige jusqu’en 2016, avec le sociologue Frédérick Lemarchand, le Pôle Risques, Qualité et Environnement durable de la Maison de la Recherche en Sciences Humaines de l'Université de Caen. L’objectif du pôle est d’améliorer l’expertise, la recherche fondamentale et la communication sur les risques et vulnérabilités, par des connaissances pluridisciplinaires, intégrant les données et les logiques de l’environnement physique, biologique, chimique, économique et social.
Il a dirigé de 1991 à 2016 une vingtaine de thèses expérimentales notamment sur les potentiels liens entre les perturbations des hormones sexuelles et divers types de cancers, les effets des OGM et pesticides sur la santé.

 

Étude publiée en 2007 sur la toxicité du maïs MON863

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Dans cette étude bénéficiant du soutien du Ministère Français de la Recherche, du groupe Carrefour et de l'ONG Greenpeace, et reprenant des données sources de Monsanto, il conclut que le maïs MON 863 de Monsanto, produisant une protéine insecticide d'origine bactérienne, provoquerait des signes de toxicité hépatique et rénale chez les animaux qui en consomment : une augmentation de 20 à 40 % des graisses dans le sang des femelles, de 10 % du taux de sucre, de la masse pondérale du foie et du corps. Par ailleurs, les reins sont le plus touchés chez les mâles, ce qui provoque une perte de poids. Des tests comparables ont mis au jour des différences au niveau du foie et des reins avec le colza GT 73.

Cette étude entend remettre en question la validité des études sur lesquelles les agences gouvernementales s'appuient pour autoriser les OGM. Les conclusions de l'équipe du CRIIGEN furent critiquées par une équipe de chercheurs soutenue et financée par Monsanto, mais aussi par le comité scientifique du Haut Conseil des Biotechnologies qui avait donné un avis favorable au même OGM: “[l'étude] n'apporte aucun élément scientifique recevable susceptible d’imputer aux trois OGM ré-analysés une quelconque toxicité hématologique, hépatique ou rénale ». Après examen approfondi de l'étude, l'EFSA qui avait aussi autorisé le même OGM n’a pas voulu remettre en cause ses conclusions, et des compromissions importantes de sa Directrice Diana Banati avec les entreprises des biotechnologies étaient révélées.

 

Étude controversée sur la toxicité du Roundup et du maïs OGM NK 603

En septembre 2012, la revue américaine Food and Chemical Toxicology publie une étude dirigée par Gilles-Éric Séralini faisant état d'effets tumorigènes et toxiques du maïs génétiquement modifié NK 603 et de l'herbicide Roundup sur des rats nourris pendant deux ans avec ce dernier. Cette étude a eu un grand retentissement médiatique et a relancé la controverse sur les OGM. Les réponses à toutes les critiques ont été publiées dans Food Chem. Tox. en 2013, un nombre très important de scientifiques a soutenu le Pr. Séralini qui a encore confirmé en 2015 la spécificité de ses résultats par une étude détaillée de la perturbation de l’expression du génome des rats soumis à de très faibles doses de Roundup.

 

Séralini montre en 2015 dans un nouvel article publié dans PlOs One que ces calculs basés sur les tumeurs soit disant « spontanées » des rats sont biaisés par le fait que les rats (données dites « historiques » des rats témoins) utilisés par l’industrie mangent des croquettes déjà contaminées notamment par des OGM, des pesticides, au contraire des siennes, pour les témoins.

En novembre 2013, A. Wallace Hayes, le rédacteur en chef de la revue américaine Food and Chemical Toxicology annonce le retrait de l'article en estimant que s'il n'avait « relevé ni fraude, ni mauvaise interprétation des données », néanmoins « les données présentées, si elles n'étaient pas incorrectes, ne permettaient pas de conclure.» L'équipe Séralini a rejeté cette décision et annoncé l'arrivée de Richard Goodman, ancien salarié de Monsanto, au Comité éditorial de la revue. Wallace Hayes dit que Séralini ne peut pas conclure sur le « cancer » alors que ce mot n’est pas écrit dans l’étude. En effet les grosses tumeurs mammaires étaient mortelles car hémorragiques et appuyaient sur des organes vitaux, comme le montrera la re-publication.

En juin 2014, la revue scientifique Environmental Sciences Europe, republie l'étude dans une version légèrement remaniée, accompagnée des données brutes, ouvrant la voie à des contres expertises. Séralini publiera ses données brutes en ligne au contraire de Monsanto, qui veut toujours tenir confidentielles celles qui avaient permis d’obtenir la commercialisation de cet OGM NK603 et du Roundup.

Un article supplémentaire sur la possible influence des conflits d'intérêts dans les critiques contre ces travaux et leurs auteurs a été publié à la même occasion. Et notamment a été dénoncée l’entrée de Richard Goodman de Monsanto au bureau éditorial de Food Chem. Tox. Son départ a été effectué (comme celui de l’ancien éditeur en chef Hayes) et l’ancien éditeur européen qui avait permis la publication de 2012 est devenu éditeur en chef international de Food Chem. Tox. Séralini a publié avec son équipe une grande revue sur les effets toxiques du Roundup en-dessous des seuils réglementaires toujours dans Food Chem. Tox et plusieurs de ses travaux ont été pris en compte pour classer le glyphosate du Roundup cancérogène probable.

 

Etude de 9 pesticides majeurs sur la toxicité de leur formulations commerciales comparée à la toxicité de leur principe actif déclaré (2013)

 Dans cette étude ont été testées les toxicités de 9 pesticides en comparant celle de leur principe actif déclaré et celle de leurs formulations commerciales (mélanges du principe dit actif et adjuvants). Jusqu'alors, seule la toxicité du principe déclaré comme actif était prise en compte, les adjuvants étant déclarés "inertes". Les tests ont été faits sur 3 types de cellules humaines avec mesures de la dégradation membranaire, des activités mitochondriales, et des activités caspases. Ont été testés 3 herbicides, 3 fongicides et 3 insecticides. L'étude a montré que, dans 8 cas sur 9, les formulations sont en moyenne des centaines de fois plus toxiques que leurs principes actifs déclarés. Les auteurs de l'étude remettent en cause le calcul de la Dose Journalière Admissible pour les pesticides du fait que celle-ci est calculée sur la toxicité du principe actif seul. Une étude précédente sur la toxicité des formulations contenant du glyphosate (en 2012) avait abouti aux mêmes conclusions.

Étude sur l'alimentation des vaches avec le maïs Bt 176

En janvier 2016 il publie dans la revue Scholarly Journal of Agricultural Science un article expliquant pour la première fois les effets négatifs des OGM observés chez le producteur bovin allemand Gottfried Glöckner. D'après l’étude cela démontre que le premier OGM commercialisé était toxique. Il s’agit d’une observation vétérinaire agricole très détaillée, toutes les données brutes effectuées par des laboratoires d’Etat et agréés sont disponibles en ligne, sur le site de la revue comme sur le site du CRIIGEN, ce qui est très nouveau.

Procès gagnés en diffamation

 

Par trois fois, la justice a reconnu le Prof. Séralini victime de diffamations :

Condamnation de Marc Fellous pour diffamation

 

Le 26 avril 2010, le Prof. Gilles-Éric Séralini a poursuivi devant les tribunaux le Prof. Marc Fellous, professeur de génétique à l'université Paris 7 pour diffamation auprès du CSA. À l'époque, Marc Fellous était président de l'Association Française des Biotechnologies Végétales (AFBV), association de promotion des biotechnologies végétales, dont les OGM. La 17e chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Paris a condamné Marc Fellous, le 18 janvier 2011, estimant que l'imputation faite à Gilles-Eric Séralini «d'avoir failli à son obligation de probité intellectuelle en raison de sa dépendance à l'égard de Greenpeace, dont il recevrait une aide financière pour ses travaux», était diffamatoire. Elle précise: «Mettant en cause son indépendance à l'égard d'un organisme supposé financer ses travaux», ces propos «portent d'autant plus atteinte à l'honneur (...) de Gilles-Eric Séralini que Marc Fellous revendique sa qualité de président d'une association qui se présente comme "une ONG créée en juin 2009, strictement indépendante"».

 En 2016, Marc Fellous est renvoyé en correctionnelle pour faux et usage de faux au cours de ce procès, après une longue enquête et par décision du juge.

 

Condamnation du journal Marianne et de Jean-Claude Jaillette pour diffamation envers un fonctionnaire public et pour diffamation publique envers des chercheurs

Le Tribunal de grande instance de Paris a condamné Jean-Claude Jaillette, et Maurice Szafran pour le journal Marianne, le 06 novembre 2015:

  • pour diffamation envers un fonctionnaire public, le Prof. Séralini;

  • pour diffamation publique, envers les chercheurs de l'équipe du Prof. Séralini, et envers le CRIIGEN.

Le 14 janvier 2012 Corinne Lepage avait annoncé avoir, avec Gilles-Eric Séralini, porté plainte en diffamation contre « des assertions de fraude et données falsifiées publiées dans Marianne par Jean-Claude Jaillette ». Celui-ci se défendra de n'avoir fait que citer un article de scientifiques publié dans la revue Forbes où il était question d'un « parfum de fraude », arguant que dans les milieux scientifiques anglo-saxons la fraude démarre dès qu'il y a omission volontaire de certaines données ou la création d'un protocole visant spécifiquement à obtenir des résultats confirmant l’hypothèse de départ.
Après un Appel, Marianne et Jaillette vont perdre à nouveau. Le 07 septembre 2016, la Cour d'Appel de Paris a confirmé la condamnation pour diffamation.

 

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