3. Et on nous laisse avaler ça ?!

 

Non ! … Euh oui ! Explications.

 

De nombreux additifs alimentaires sont des produits potentiellement cancérigènes ou qui ont des effets reconnus sur notre santé lorsqu'ils sont consommés à forte dose, comme par exemple les parabènes, l’aspartame, les nitrites... Pour notre sécurité, il existe une dose journalière admissible (DJA), définie comme la quantité maximale que l’on est supposé pouvoir consommer chaque jour pendant toute notre vie sans nous intoxiquer.

 

La dose maximale est calculée à partir de tests sur des animaux de laboratoire, et une marge de sécurité est rajoutée pour diminuer davantage les risques pour la santé humaine. Concrètement, le seuil de toxicité sur les animaux de laboratoire est divisé par 10 pour tenir compte de la variabilité au sein des populations humaines, puis encore par 10 pour tenir compte de la différence entre l’homme et les animaux de laboratoire.

 

De plus, dans certains cas, on peut consommer une molécule pendant de nombreuses années sans en avoir les effets à l'âge adulte, mais cette même molécule aura des effets dévastateurs pour des expositions très courtes, de quelques jours, pendant la grossesse par exemple.

 

Mais alors, où est le problème ?

 

La dose journalière admissible (DJA) est supposée tenir compte du fait que les humains ne sont pas tous égaux face aux molécules qu'ils ingèrent. Certaines personnes auront des réactions à dose beaucoup plus faible que d'autres. Dans certains cas, il faudrait ajouter un autre facteur de 10, mais ce n’est souvent pas fait.

 

Aux USA, le Food Quality Protection Act (FQPA), en 1996, impose l'addition d'un autre facteur 10 lorsqu'il y a des incertitudes quant à la toxicité. De plus, il y a normalement un autre facteur de 10 ajouté dans certains cas, lorsqu'il y a des preuves de cancérogénicité ou de risques tératogènes, c’est-à-dire des risques de malformation foetale (pas seulement aux USA mais aussi en Europe). C'est fait dans certains cas mais les interprétations dans les tests de toxicité ne sont pas très précautionneuses. Cela s’explique en partie parce que ce sont les industriels qui évaluent eux même leurs produits, ils préfèrent donc favoriser le risque de faux négatifs et déclarer le produit sain alors qu'il ne l'est pas. Une évaluation sérieuse au service de la santé humaine devrait favoriser le risque de faux positifs en prenant beaucoup de précautions.

 

Dépasser la dose journalière peut arriver ponctuellement. En effet, lorsque nous consommons plusieurs produits dans la même journée, contenant les mêmes additifs, il est vite possible de dépasser la dose, celle-ci étant calculée produit par produit. On applique alors la “dose aiguë de référence” (acute reference dose).

 

Pour calculer la dose maximale à ingérer, on peut prendre l’exemple de l’aspartame dans le coca-cola. La DJA de l’aspartame est de 40 mg/kg/jour d’après l’EFSA, donc 1600 mg pour un enfant de 40 kg. Un litre de coca-cola contient 240 mg d’aspartame. Il faut donc que l’enfant ingère plus de 6,6 litres de coca-cola en une journée pour dépasser la DJA ! On est heureusement loin de boire autant de coca-cola en une journée. Mais ce calcul ne prend pas en compte les autres aliments contenant de l’aspartame ni les autres molécules qui pourraient avoir des effets similaires et dont les effets toxiques pourraient se cumuler. On peut néanmoins remarquer que les enfants sont soumis à plus de risques, étant donné leur poids plus faible que celui d’un adulte.

 

De nombreux aliments contiennent des additifs alimentaires, il n’est donc pas rare d’en absorber plusieurs en même temps. On peut alors parler d’effet cocktail : lorsqu’on combine plusieurs molécules, leur toxicité peut être augmentée.

 

Les effets à court terme

 

Au-delà de ce problème de dose, certaines personnes peuvent avoir des réactions allergiques ou d'intolérance sans dépasser la DJA. Ce genre d'allergie, et notamment l'allergie aux sulfites, est de plus en plus fréquente.

 

Les sulfites, qui sont à base de soufre, causent souvent des allergies qui se traduisent par des maux de tête, des problèmes respiratoires, des troubles digestifs et bien d'autres encore1.

 

D’après l’EFSA2, il existe également une corrélation entre la hausse du nombre d'enfants diagnostiqués hyperactifs et l'utilisation courante de ces colorants. Les produits contenant les colorants E102 (Tartrazine), E104, E110, E122, E124 et E129 doivent même contenir la mention « peut avoir des effets indésirables sur l’activité et l’attention chez les enfants ». Rappelons qu'une corrélation ne prouve rien sur le véritable effet des colorants sur l'hyperactivité, il y a un possible lien, mais aucune étude ne l'a prouvé à ce jour (étude complète ici).

 

Les effets à long termE

Les effets à long terme sont mal évalués dans les tests de toxicité chez les animaux de laboratoire. Ils sont réalisés chez des rats, et sont censés représenter des expositions tout au long de la vie chez l’homme alors qu’ils commencent après la puberté de l’animal, et s'arrêtent avant qu’il ne présente des signes de vieillissement. Ces tests sont donc réalisés sur des rats adultes en bonne santé et ne couvrent pas les périodes sensibles que sont l’exposition pendant la grossesse, la puberté, ou le vieillissement.

 

S’ajoutent aux effets à long terme les effets à travers les générations, que l’on nomme effets transgénérationnels. Certains pesticides peuvent avoir des effets jusqu’à la troisième génération (les arrières petits enfants), alors que seuls les parents ont été exposés. Le risque d’effet transgénérationnel n’est jamais mesuré dans les tests de toxicité.

 


http://allergo.lyon.inserm.fr/fiches_patientes/Fiche4.pdf

http://www.efsa.europa.eu/fr/press/news/afc080314

 

 

Margaux J

 

 

Avant il y avait...

 

1. Qu'est-ce qu'un additif alimentaire ?

2. Quelques additifs alimentaires

 

Et la suite c'est par là :

 

4. Et dans tout ça, que dit le droit ?

5. Comment les éviter ?

 

 

Photo : Unsplash

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